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Blog d'un médecin généraliste, chef de clinique universitaire:
« Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours. » (Louis Pasteur)

lundi 8 août 2016

Des jeux encore des jeux! (Quadropolis, Mystérium, Pandemie Legacy, Kréo)

Bonjour à tous! Je sors de ma torpeur estivale pour vous présenter les fantastiques jeux que j'ai pu tester durant cette première partie de vacances d'été. Les connaisseurs auront probablement eu vent des jeux dont je vais parler. Mais comme il n'y a pas que des geeks-harcore-gamers qui viennent visiter ce blog (enfin, je crois....) et que les gens normaux (ou presque...)  cherchent de quoi s'amuser quelques heures en famille ou entre amis, je vais vous présenter des jeux testé avec quelqu'un qui ne connaissait pas d'autre jeu de société que "monopoly" et "la bonne paye" avant de s'assoir autour de la table de jeu. Bref, il a été conquis!




On va commencer par "Mystérium" qui a reçu l'As d'Or du meilleur jeu familial au festival (du jeu) de Cannes 2016 (Festival que je trouve plus intéressant que "l'autre"...) C'est un jeu dans lequel les joueurs doivent trouver qui est le coupable d'un meurtre, quel a été l'arme du crime et dans quel lieu le meurtre a été commis. Rien d'extraordinaire jusque là. C'est la mécanique du jeu qui le rend génial. C'est un jeu collaboratif où tout le monde gagne ou perd.Un des joueur est le "fantôme" de la victime et envoie des "images énigmatiques" (cartes) autres joueurs qui enquêtent. Ce sont ces images donnent des indices aux joueurs pour trouver les éléments du meurtre! Les émotions se mêlent et s'emmêlent quand on entend les raisonnement plus ou moins absurdes et cohérents... Et l'extension "hidden signs" permet de renouveler le stock de cartes si jamais on était sur le point de se lasser!




Un peu plus spécialisé: Pandemic Legacy! Celui-ci a reçu le prix du meilleur jeu Expert de l'année (et il le mérite vraiment!) mais cela ne doit pas effrayer les nouveaux joueurs, étant donné que c'est avec un nouveau joueur que j'y ai joué. Il se joue de 2 à 4 personne, comme le Pandémie "classique" et il est préférable d'avoir fait quelques parties de la version classique dont j'avais parlé ici. Ici, il ne s'agit pas de faire une partie comme ça, mais c'est une véritable campagne d'au moins 12 parties que vous aller pouvoir effectuer. En effet, le récent concept du "legacy" (héritage en anglais) fait que le jeu est modifié au cours de chaque partie et donc, que les actions des parties précédentes influent sur les suivantes! Le concept reste le même, réunir des "spécialistes" pour traiter des maladies dans le monde. Je vous mets une image pour que vous voyez à quoi ressemble le plateau de jeu. Cela ne spoile que peu la surprise, mais ceux qui connaissent un peu et qui préfèreraient ne pas du tout être spoilé, ne regardez pas!

Spoiler :  
Attention

Juste au dessus, vous pouvez voir la photo d' un de mes jeux préférés car particulièrement simple et stratégique à la fois. C'est un jeu familial jouable dès 8 ans, qui vous invite à bâtir votre ville à partir d'un stock commun de "tuiles-bâtiments". C'est l'emplacement des bâtiments sur votre ville et la gestion (simple mais indispensable) des habitants et de l'énergie qui vous permettra de gagner! En plus, le design et le mécanisme de sélection des tuiles sont très sympathiques.




Je finirai avec un petit jeu assez rapide et collaboratif: Kréo qui comme son nom l'indique presque, vous permettra de créer votre planète à partir de presque rien, et de ressources élémentaires. Une fois de plus, les cartes sont très jolies. L'originalité vient du fait que les joueurs ne doivent par se parler mais doivent se faire parler des signes pour que les éléments se goupillent bien pour arriver à créer par exemple une rivière, ou une montagne à partir d'une comète et d'une atmosphère pour enfin faire apparaitre la vie sur ce qui deviendra la planète. J'étais assez frileux à ma première partie, mais l'envie de créer la planète était plus forte!


Bonne fin de vacances à tous, il me reste encore plein de jeux à tester!!!! A bientôt,

@Dr_Agibus

dimanche 3 juillet 2016

Dragi Webdo n°104: hyperaldostéronisme primaire (reco), IDM silencieux, santé étudiants, Lyme (HCSP)

Bonsoir à tous! C'est sur cette large victoire de l'équipe de France de football que je me mets tardivement à rédiger ce Dragi Webdo. On voit que l'été approche, les articles se font plus rares ou bien c'est moi qui fatigue peut être. Ce sera donc le Dragi Webdo d'avant mes deux mois de répit estivaux. Ma veille bibliographique reprendra en septembre (puis si y'a un article monstrueux qui est sorti dans l'intervalle, je ne manquerai pas d'en parler!)


1/ Cardiovasculaire:

La société d'endocrinologie et la société française d'HTA ont publié des recommandations sur l'hyperaldostéronisme primaire. Du point de vue du généraliste, il faut noter les circonstances devant faire rechercher cet hyperaldostéronisme:
- HTA sévère (>180/110)
- HTA résistante (sous trithérapie comprenant un thiazique: indapamide quelque soit la dose ou hdrochlorothiazide à 25mg)
- une hypokaliémie spontanée OU ASSOCIÉE à la prise d'un diurétique
- une HTA avec un incidentalome surrénalien
- une HTA avec un retentissement organique disproportionné par rapport au niveau d'HTA.
Pour que les dosages de rénine/aldostérone soient valables, il faut que les diurétiques, les IEC/ARA-II, les inhibiteurs directs du SRA, les bêta bloquants et les AINS aient été arrêtés depuis 2 semaines et depuis 6 semaines pour les diurétiques d'épargne potassiques. On peut utiliser les autres antihypertenseurs et les centraux pour contrôler la tension avant le bilan (sauf la clonidine qui intervient également). Comme s'il y a un problème, le centre spécialisé refera les dosages, j'avoue être assez partisan d'adresser sans  faire les dosages en ambulatoire avant.

Un article a étudié les infarctus silencieux et retrouve dans une cohorte de patient que ces infarctus représentent 45% des infarctus (et seulement 17% concernaient des patients diabétiques) et étaient associés à une mortalité plus élevée (mais pas autant que les infarctus cliniques).


2/ Psychiatrie

 Je parlais de la santé mentale des étudiants en médecine il y a peu, et voilà les résultats de l'étude sur la santé des étudiants et jeunes médecins. 25% des étudiants déclaraient avoir un état de santé mauvais et 14% avaient déjà eu des idées suicidaires. Il semblerait que le 2ème cycle soit le moment le plus difficile à passer. Concernant le travail, 65% des internes travaillent plus de 40 heures par semaines. Les symptômes de burn-out étaient présent chez plus de 2/3 des étudiants également, notamment via l'épuisement émotionnel.

Coté patient cette fois ci, c'est le CNGE qui publie un communiqué pour l'amélioration des soins de prévention et de prise ne charge des patients ayant un risque de suicide ou ayant fait une tentative de suicide.


3/ Infectiologie

Enfin, le HCSP a publié un avis sur la maladie de Lyme et ses mode de transmissions en se focalisant particulièrement sur la grossesse. Il recommande notamment un traitement de 14 à 21 jours en cas de maladie de Lyme et la prescription d'une antibioprophylaxie en cas de piqures multiples en zone de forte endémie. Bref, rien de neuf par rapport à la conférence de consensus de 2006! Ah, si, il faut faire d’avantages d'études pour étudier les risques de transmission fœto-maternels et sexuels.


Voilà! Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de Coupe d'Europe de football, et à très bientôt pour de nouveaux billets (probablement sur ma toute récente installation ou sur des nouveaux jeux pour vous occuper en famille ou entre amis cet été)!

@Dr_Agibus


lundi 27 juin 2016

Dragi Webdo n°103: metoclopramide, pour le LDL : is lower better?, aspirine en prévention primaire, maladie de Lyme, phytoœstrogènes

Bonsoir! Je n'ai qu'un jour de retard dans ce Dragi Webdo, la faute à ma nouvelle PS4 la rédaction de mon billet diabétologique précédent. Je remercie d'ailleurs tous ceux qui ont mis des commentaires et tous ceux qui n'en ont pas mis mais que ça a pu faire réfléchir, parce que ce n'est qu'en étant plusieurs à réfléchir sur des données de la science, leur validité et leur applicabilité clinique qu'on pourra faire évoluer la médecine vers quelque chose de "mieux".


1/ Pharmacovigilance:

La HAS reparle du métocloramide, de son bénéfice modéré chez l'adulte et l'enfant, et de ses effets indésirables (troubles neurologiques, troubles du rythme cardiaque...). La HAS dit que sa prescription doit être réservées aux cas où "la prescription d'un antiémétique parait indispensable"(ce qui ne veut pas dire grand chose en fait... puisque si un médecin prescrit un antiémétique, c'est qu'il lui parait nécessaire d'en prescrire un, alors insistions sur le "indispensable".)

2/ Cardio-vasculaire: 

L'article qui a pas mal fait parlé de lui cette semaine était publié dans le JAMA Internal Medicine et étudiait la survenue d'évènements cardiovasculaire majeurs selon le dosage de LDL cholestérol. Il remet en cause le "lower is better", une fois de plus. En effet, à partir d'une cohorte de patients observant avec coronaropathie traité (entre autre) par statines, les auteurs retrouve qu'un LDL < 0,7g/L ne fait pas mieux qu'un LDL< 1g/L (mais ce dernier diminue plus le risque cardiovasculaire que le LDL >1g/L). Si on regarde la figure des hazard ratio (HR), on voit une courbe en J, avec un risque minimal entre 0,8g/L et 1g/L. Quand on voit une telle figure, il faut se poser plein de questions, notamment: pourquoi ont ils mis des log(HR) et non des HR directement: probablement parce que la courbe aurait été beaucoup moins "frappante", "non significative" et beaucoup plus plate avec une autre échelle. Ensuite, on s'aperçoit que l'intervalle de confiance ne devient significatif qu'au delà de 1,2g/L, donc si l'on voulait vraiment conclure qui aille dans le sens des auteurs, c'est qu'il faut avoir un LDL inférieur à 1,2g/L sans chercher à le baisser davantage et ce en prévention secondaire (cf critères d'inclusion des patients). En pratique, mieux vaut utiliser une molécule qui ait directement montré un bénéfice à une posologie donnée plutôt que d'en utiliser une sans bénéfice clinique démontré. (Pour mémoire l'étude IMPROVE-IT prônait un bénéfice de l'ezetimibe avec statine qui baissait le LDL sous la barre des 0,7g/L par rapport a la simvastatine seule: la guerre fait rage!)


Annals of Family medicine publie une revue faite pour l'USPSTF sur l'aspirine en prévention primaire. Les auteurs retrouvent un bénéfice en terme d'infarctus non fatals, avec un NNT de 700 à 7000 personnes par an selon les études........ , une diminution relative de 14% des AVC non fatals et sans bénéfice sur la mortalité cardiovasculaire ou globale. (Pour le coup, quand je vous dis qu'un NNT de 300 patients par an c'est pas "si" mal, hein...) Je vous met le tableau des risques relatifs:


3/ Infectiologie

La maladie de Lyme est visiblement très mal traitée en France, et on serait très en retard. Du coup, voyons ce qu'il se passe outre atlantique, et dans le JAMA. C'est assez simple, la doxycycline 200mg par jour est partout: érythème migrans (10 jours), atteinte neurologique ou atteinte cardiaque (14 jours), l'amoxicilline arrive ensuite 3g par jour pendant 14 jours arrive ensuite pour l’érythème migrans, les paralysies faciales et les atteintes cardiaques modérées, enfin la ceftriaxone IV est le traitement des formes les plus compliquées. 
Ce que j'apprends (alors que c'est aussi possible chez nous d'après antibioclic, comme me l'a fait remarqué à juste titre @phtiriasis), c'est le traitement de la morsure de tique en dose unique de 200mg de doxycycline (4mg/kg chez l'enfant de plus de 8 ans) si la tique est restée attachée plus de 36 heures ET que le traitement peut être débuté dans les 72 heures après le retrait de la tique, ET que la morsure à eu lieu dans une région à forte prévalence (>20% des tiques infectées par B. Burgdorferi)


4/ Gynécologie

Le JAMA a également publié une étude sur l'utilisation de la phytothérapie dans la prise en charge de la ménopause. Les auteurs retrouvent une diminution des bouffées de chaleurs et de la sécheresse vaginale avec des phytoœstrogènes. Cependant, l’hétérogénéité des études était importante et les effets indésirables des traitements ne sont pas étudiés dans cette méta-analyse ce qui réduit grandement son intérêt.


C'est fini pour ce billet en retard! 
Bonne soirée et rendez-vous en fin de semaine (ou en début de semaine prochaine, vous avez l'habitude maintenant!)

@Dr_Agibus


jeudi 23 juin 2016

La diabéto, c'est rigolo!


       Le diabète est une pathologie fréquente touchant 5% de la population française (1). Il me parait donc nécessaire de maitriser le suivi de ces patients et les traitements utilisés dans cette pathologie quand on est médecin généraliste. Or la diabétologie est une discipline qui avance plus vite que les recommandations, dépassées en quelques mois, et je ne doute pas que ce billet devienne en partie obsolète dans un an tout au plus. Une de mes motivations à écrire ce billet, outre le faite que j’aime la diabétologie, est qu’un certain nombre d’études que je vais citer ne sont pas connues, malgré une méthodologie adapté et des résultats plus que pertinents. De fait, je ne les ai jamais vus citées dans la Revue Prescrire ou dans les congrès de médecine générale faisant le point sur les traitements du diabète (certains, autres sont simplement trop récents). Et comme je trouve
ça regrettable, je mettrais donc en gras ces études dans le texte pour que d’autres donnent leur avis dessus.


1/ Objectifs glycémiques


Le problème du diabète, c’est justement que l’équilibre du diabète se base sur un critère intermédiaire, l’hémoglobine glyquée (HbA1C). C'est-à-dire que pour espérer une diminution des complications du diabète, on tente de baisser le taux de sucre dans le sang. La question est donc de savoir si l’HbA1C est un bon critère, qui reflète le risque cardiovasculaire, ou si c’est simplement un facteur évoluant de façon parallèle à l’évolution du diabète mais qui ne reflète pas l’état cardiovasculaire du patient.
               
Les objectifs glycémiques actuels ont été définis grâce aux études UKPDS33(2),  UKPDS 34 (3), ADVANCE(4) et  ACCORD (5) qui évaluaient la survie, la survenue de microangiopathies, de macroangiopathie et les effets indésirables des traitements en comparant des groupes de patients avec un traitement "conventionnel" ou un traitement "intensif" (vous trouverez ci-contre, un tableau issu de la revue prescrire récapitulant ces différentes études). Ainsi, en s'appuyant sur les recommandations étrangères britanniques et américaines, la HAS a proposé une simplification des objectifs glycémiques, en accord avec les résultats de ces études et avec la pratique de nombreux spécialistes. Il faut donc viser une HbA1c à 7%  chez la plupart des diabétiques, sauf:
- Les patients récemment diagnostiqués, pour qui l'objectif est de 6,5%
- Les patients avec une comorbidité ou atteinte cardiovasculaire évoluée pour qui l'objectif est de 8%
- Les patients dépendants polypathologiques avec une espérance de vie réduite pour lesquels l'objectif est de  9% (6)



Quand on reprend les études précédemment citées, on retrouve qu’un traitement intensif causait significativement plus d'hypoglycémies sévères, et que viser un contrôle glycémique avec une HbA1c inférieure à 6% augmentait la mortalité globale. Les évènements cardio-vasculaires étaient majorés quand l'HbA1c était supérieure à 8% ou inférieure à 6% et la survenue d'évènements microangiopathiques était diminuée significativement avec une HbA1c inférieure à 7%, mais ce dernier point était évalué par l’utilisation de photocoagulation rétinienne, et les résultats ne sont pas valables pour l’apparition d’une rétinopathie, une néphropathie ou une neuropathie.

Le problème de ces études plutôt anciennes, c’est la méthodologie, qui comporte de nombreux biais et qui font douter de la pertinence de ces objectifs (7,8). Une méta-analyse des « grands » essai diabétologiques publiée en 2009 ne retrouvait d’ailleurs pas de différence significative sur la mortalité cardiovasculaire et la mortalité toute cause en comparant un traitement intensif à un traitement standard (9). Pour que vous vous rendiez compte, voici le forest plot :




Le deuxième problème lié à la mesure de l’HbA1C est sa variabilité en fonction de nombreuses conditions, comme les hémoglobinopathies, ce qui en fait un mauvais marqueur. Un article du JAMA revient sur les facteurs modifiant l’HbA1C et propose des solutions proposées sont le suivi par la glycémie à jeun ou par le dosage de la fructosamine, reflétant les glycémies du mois précédent (N= 200-285µmol/L)(10). 



Pour conclure cette partie sur les objectif d’HbA1C, ce qui ressort quand même, c’est que trop baisser l’HbA1C est délétère, et ne pas la baisser augmente la mortalité, probablement en partie à cause de complications métaboliques liées à l’excès de sucre (comme le coma hyper-osmolaire….), mais que pour interpréter une HbA1C, il faut vérifier qu’elle soit interprétable ! Avec tout ça, on a du mal à croire dur comme fer aux cibles précises d’HbA1C qui sont recommandées dans tous les pays.


2/ Les traitement du diabète:
               
                Du coup, on se demande comment traiter les patients diabétiques. Y’a-t-il quand même quelques molécules qui ont montré un bénéfice en terme de morbimortalité et pas seulement en terme de « baisse d’HbA1C » ?

                Je ne ferais que citer très rapidement sur les glinides, des médicaments hypoglycémiants et les inhibiteurs de l'alpha-1 glucosidase diminuent l'absorption du glucose, qui sont sans bénéfice démontré sur la morbi-mortalité, pour passer aux molécules plus intéressantes. Les glitazones ont quant à elles été retirées du marché français à cause d’une augmentation du risque de cancer de vessie sans bénéfice non plus sur la morbimortalité (comme quoi, quand il y a pas de bénéfice clinique, les instances du médicament reconnaissent parfois que ça ne sert à rien)(11).

a)      La metformine

                Les biguanides sont essentiellement représentés par la Metformine. C'est le principal médicament à utiliser dans le diabète. En effet, c'est le seul anti-diabétique oral (ADO) ayant réussi a démontrer un bénéfice clinique. Dans UKPDS 34, on retrouve des baisses significatives de la mortalité globale (RR: 0,64 , IC95% [0.45-0.91]) et des infarctus (RR: 0,61 , IC95% [0.41-0.89]). Compte tenu des biais de cette étude(12), des méta-analyses ont été effectuées et elles divergent : certaines retrouvent que la metformine diminuait la mortalité cardiovasculaire (OR = 0,74 , p = 0,02) (13), alors que pour d’autres, il n’y avait pas de diminution de cette mortalité ni de mortalité globale(14).
                Peu d’études avaient étudié les microangiopathies. C’est chose faite avec une étude de cohorte anglaise, qui retrouve que la metformine est le seul traitement du diabète à diminuer le risque d’amputation (de 30%) , de cécité (de 30%) et de néphropathie (de 60%) (15).
                La metformine reste donc un médicament avec une balance bénéfice risque plus favorable, même d’après La Revue Prescrire (11) et est donc à prescrire prioritairement. Il faut noter que  l’effet sur les microangiopathies semble se produire indépendamment de l’HbA1C, ce qui pourrait signifier qu’un traitement par metformine est souhaitable tant que l’HbA1C est supérieure à 6% (parce qu’en dessous, le risque de mortalité augmente, rappelez vous la première partie du billet…)
Dans la pratique, on essaye donc de l'introduire progressivement jusqu'a dose maximale tolérée soit 850mg trois fois par jour, sachant qu'une dose supérieur n'apporte pas de bénéfice significatif en terme de diminution d'HbA1c aux prix d'une augmentation des effets indésirables digestifs.
                En cas de mauvaise tolérance du chlorhydrate de metformine (Glucophage) , il est possible de prescrire de la Metformine embonate (Stagid) dont un comprimé de 700mg correspond à 280mg de metformine alors que 500mg de chlorhydrate de Metformine contient 390mg de Metformine(16) (à vos calculettes !).
               
b)      Les sulfamides hypoglycémiants

                Dans l'étude UKPDS 33, le traitement intensif par sulfamide hypoglycémiant a montré une diminution du risque de microangiopathie de 25%, essentiellement lié à la baisse de la photocoagulation panrétinienne (tout de suite c’est moins vendeur) (2) Il n'y a pas eu d'effet sur la mortalité. Les sulfamides hypoglycémiants ont une balance bénéfice risque favorable. Le glibenclamide est un des mieux évalués et est à privilégier parmi les médicaments de la classe (17).
                La demi-vie du glibenclamide est relativement courte 4 à 11 heures, et doit être pris avant les principaux repas(16). Cependant, au long cours, l'équilibre des concentrations atteint n'oblige pas à diviser la prise. L'adaptation de la posologie des sulfamides  s'effectue sur la glycémie à jeun de 19heures (idéalement 17heures).
               
c)       Les incrétines

                Les incrétines (anti-DPP4 et analogues du GLP-1) peuvent être responsables d'effets indésirables rares mais sévères comme des pancréatites, des déficits immunitaires, des atteintes cutanées, ce qui rend leur balance bénéfice risque peu favorable (18). On peut lire partout que ces médicaments n’ont pas démontré de bénéfice en termes de morbimortalité. Les preuves d’efficacité ont tardé mais semblent arriver néanmoins quand on va les chercher. Concernant les inhibiteurs de DPP-4, une métaanalyse de 70 essais publié et non publiés (avec un très beau funel plot montrant que les essais non publiés ont bien été inclus) retrouve une diminution des complications cardiovasculaires majeurs de 30% (dont les infarctus du moycarde) et de la mortalité globale de 60%, sans baisse de la mortalité cardiovasculaire (19). En France, seule la sitagliptine est rembourséeet recommandée, mais n’a pas un niveau de preuve plus faible que les autres.

Pour les analogues du GLP-1, les résultats tout récents de l’étude LEADER (20), étudiant le liraglutide, retrouvent, en incluant des patients en prévention secondaire avec une HbA1C >7%, que les évènements cardiovasculaires sont diminués de 13% et la mortalité globale de 15%. Je dis en prévention secondaire uniquement, car il y a une interaction significative divergente dans l’analyses des résultats sur ce point : les patients en prévention primaire n’avaient pas du tout leurs risques de mortalité et d’évènement cardiovasculaire diminué.

               
d)      Les inhibiteurs de SGLT-2

Enfin, les médicaments réduisant la réabsorption du glucose au niveau rénal ont été récemment mis sur le marché (partout, sauf en France ! mais ça ne saurait tarder…) Ce sont les inhibiteurs de la SGLT-2 dont les effets indésirables sont mal cernés et sont essentiellement des infections urinaires et mycoses génitales, des atteintes osseuses, hépatiques. Cependant, il y a un an, l’étude EMPA-REG Outcome retrouvait chez des patients en prévention secondaire avec une HbA1C entre 7% et 9%, une diminution des évènements cardiovasculaires de 14% et de la mortalité globale de 32% (21)! Par ailleurs, dans cette population, le risque de néphropathie était également diminué(22), mais le médicament était sans effet sur les autres microangipathies. Seule l’empagliflozine a réussi a démontrer de tels résultats. La canaglifloxine et dapafliflozine baissent uniquement l’HbA1C.

e)      L’insuline

                Enfin, le dernier recours est l’insuline. La mise en place d'une insulinothérapie en ville peut se faire facilement si le patient accepte les injections et est en mesure de comprendre le traitement. Il peut être aidé si nécessaire par l'intervention d'un infirmier au domicile pour surveiller et adapter l'insuline selon un protocole prédéfini. C'est un traitement qui se prépare. Il faut en parler au patient avant qu'il soit au stade ou l'insuline est le seul traitement qui puisse être efficace pour lui. Pour accompagner la mise en place de ce traitement de référence du diabète, des fiches d'information-patient peuvent être utiles.
L'utilisation d'une insuline NPH en 1ère intention en cas de choix d'introduire une insulinothérapie est conforme aux données bibliographique, cependant, le risque d'hypoglycémie est supérieur chez certains patients, et la stabilité des insulines lentes dont l'efficacité est identique aux NPH incite à les utiliser préférentiellement.
                Il s'agit d'introduire progressivement une insuline lente (type lantus) en une injection par jour. Il faut débuter à 6-8UI par jour et augmenter progressivement jusqu'à obtenir des glycémies à jeun entre 1,00 et  1,20g/L, avant d'essayer de réduire d'avantage la glycémie selon l'état et l'objectif d'HbA1c du patient. La dose d'insuline atteint fréquemment  0,5UI/kg , il faut donc prévenir le patient de l'augmentation normale des doses, et que cela ne correspond pas à une inefficacité du traitement. En cas de rétinopathie diabétique, il faut avoir des objectifs modérés pour ne pas risquer d'aggraver cette atteinte ophtalmologique. Les insulines « ultra-lentes » sont désormais disponibles mais sans preuve d’efficacité clinique.
                La surveillance glycémique doit être intensifiée en début de traitement, pour surveiller l'apparition d'hypoglycémies, notamment la nuit ou vers 17 heures.  L'adaptation de la dose se fait ensuite uniquement sur la glycémie à jeun du matin.
                Il peut apparaitre des discordances entre une glycémie a jeun a 8h parfaite et une HbA1C élevée (supérieure à 8%). Dans ce cas, après avoir éliminé les facteurs rendant l’HbA1C non interprétable (cf. partie 1 une fois de plus), il faut rechercher des hyperglycémies post prandiales, et discuter d'adresser le patient à un spécialiste pour l'ajout d'insuline rapide à un moment de la journée. Les schémas basal-bolus sont rares dans le diabète de type 2, c’est pour ça que je préfère prendre l’avis d’un dibétologue à ce moment là quand même.
                En terme d’efficacité clinique, l’insuline semblait diminuer le risque de photocoagulation rétinienne(23), mais fait moins bien que les autres traitements avec une surmortalité et significativement d’avantage des microangiopathies (15,24), mais c’est le seul traitement qui n’a quasiment pas de contre-indication et qui permet quand même de baisser la glycémie pour éviter les complication liées à l’hyperosmolarité.

                Selon les diabétologues, le concept de profil du patient peut être pris en compte : insulinorésistant (avec surpoids, dyslipidémie…) ou insulinopénique (plutôt maigre, diabète découvert chez un patient de plus de 80 ans…) chez qui l’insulinothérapie sera plus rapidement proposé.

f)       Les associations

D’après les recommandations de la HAS, les sulfamides sont à ajouter en cas d’équilibre insatisfaisant sous metformine. Cependant, l’association de la metformine à un sulfamide entraine une surmortalité (8,25). Une autre association est donc à préférer. Certains préconisent  d’associer directement metformine et insuline plutôt que metformine et sulfamides. Malheureusement, l’association avec l’insuline augmente encore la mortalité par rapport à l’association avec sulfamide, et ce de 44% (26)! L’association metformine-incrétine semble être à privilégier.


3/ La prévention cardiovasculaire du patient diabétique

Les traitements anti-diabétiques n’étant visiblement pas une panacée pour diminuer les complications cardiovasculaires des patients diabétiques en prévention primaire, il faut sur tourner sur les traitements plus conventionnels.

Tout d’abord, les règles hygiénodiététiques, qui sont les piliers du traitement du diabète, avec le régime méditerranéen, seul régime « complet » ayant prouvé une diminution des évènemenst cardiovasculaires (surtout des AVC) chez tout le monde et en particulier chez les patients diabétiques (l’analyses en sous groupe retrouve des résultats significatifs chez les diabétiques et non significatifs chez les non diabétiques)(27). 
Concernant le traitement par aspirine, le bénéfice ne semble pas clairement établi, malgré les recommandations HAS qui recommandent ce traitement en cas de diabète à haut risque (diabète avec 2 facteurs de risque cardiovasculaire (28). Cependant, chez les hommes, ce traitement diminuait significativement le risque d’infarctus non mortel de 47% (OR:0.57, IC[0.34 -0.94]). Cette métaanalyse ne permettait pas de conclure pour les femmes, mais l’étude « Women Health Study » avait retrouvé que le bénéfice sur les AVC était surtout lié à l’effet chez les patientes diabétiques (29). Compte tenu des bénéfices avancés par les recommandations américaines (USPSTF) de prescrire de l’aspirine aux patient à risque cardiovasculaire élevé pour la prévention cardiovasculaire (infarctus chez l’homme et AVC chez la femme) ET la prévention du cancer colorectal (30), je pense qu’il y a effectivement un bénéfice à traiter préventivement les patients diabétiques même à risque modéré.
Concernant les statines en prévention primaire, l’étude HPS a démontré que chez des patients avec un cholestérol total supérieur à 1,35g/L et du diabète (ou de l’HTA), un traitement par simvastatine 40mg/j, quelque soit le taux de cholestérol final, diminue de 25% le risque d’évènement cardiovasculaire(31). L’atorvastatine est également une option démontrée en prévention primaire chez le diabétique, mais pas la pravastatine (pas assez de diabétiques dans WOSCOPS) (32). En cas de statine non tolérée, la question des fibrates se posent. On peut lire partout qu’il n’y a pas d’efficacité des fibrates en prévention primaire, peut être une efficacité du gemfibrozil en prévention secondaire (33).  C’était sans compter sur une étude de Diabetologia (FIELD) publiée en 2014 : un essai contrôlé randomisé  chez des diabétiques en prévention primaire retrouvait une diminution de l’ensemble des évènements cardiovasculaires (p= 0,004) (avec un effet supérieur chez les femmes que chez les hommes)(34).Concernant les microangiopathies, un article ancillaire de cette étude Lancet a également démontré que le fénofibrate diminuait le risque de progression des rétinopathies (35). Tout ça pour dire, que l’effet des fibrates semble inférieur à celui des statines, mais si un fibrate est introduit parce que la simvastatine ou l’atorvastatine ne sont pas tolérées, le fenofibrate me semble à préférer. (Pour mémoire, l’atorvastatine n’a pas l’AMM ni démontré de bénéfice en prévention secondaire).
Les études HOPE et micro-HOPE incluaient des patients diabétiques avec un facteur de risque cardiovasculaire ou un antécédent cardiovasculaire. La prescription de ramipril à la dose de 10mg/j diminuait la mortalité totale de 24% et la survenue d’un évènement cardiovasculaire de 25% et ce quelque soit la baisse de pression artérielle(36). Le CNGE parle d’un bénéfice même en l’absence d’hypertension(8), mais c’est débattu également car les recommandations américaines dans l’HTA(37) ne recommandent pas un IEC chez le diabétique sans néphropathie. L’étude HOPE-3 ne retrouve pas de bénéfice à un traitement par sartan en l’absence d’HTA (38), et l’étude ACCORD retrouvait qu’un surtraitement antihypertensif chez le diabétique était néfaste (5). Pour ce qui est de la question du choix entre IEC et sartan chez les patients diabétiques, les sartans ne réduisent pas la mortalité (contrairement aux IEC) et sont associés à un risque d’infarctus supérieur en comparaison avec les IEC (39,40).


Ma petite cuisine personnelle





4/ Suivi des patients diabétiques:

                Pour finir, je vais parler du suivi des patients. Les complications du diabète sont nombreuses et nécessitent un suivi régulier et organisé. Il s'agit de dépister et surveiller les microangiopathies par l'examen du fond de l'œil pour la rétinopathie, la fonction rénale et l'apparition d'une microalbuminurie pour la néphropathie et la recherche de troubles sensitifs des membres inférieures grâce à un monofilament et un diapason.

                J'ai remarqué que le test au monofilament était fait de façon différente par de nombreux médecins, y compris diabétologues. Des recommandations HAS ont établies qu'il devait être effectué au niveau de trois sites: la face plantaire de la tête du premier métatarsien, de la tête du cinquième métatarsien et la pulpe de l’hallux. Chaque zone doit être testée trois fois en tenant compte d'une pression "factice". Le risque d'ulcération du pied est présent en cas de deux mauvaises réponses sur un même site (41).




La fréquence du suivi du diabète est décrite par l'HAS (42). Une consultation de suivi doit avoir lieu tous les 3 mois, et comporter un examen clinique avec examen cardiovasculaire, un contrôle de l'HbA1c et une réévaluation de la tolérance et de l'efficacité les traitements. Ce qui apparait en toute petites lignes, c’est que « si l’objectif est atteint  et qu’il n’y a pas de modification de traitement », le suivi par HbA1C peut avoir lieu tous les 6 mois, mais du coup : ça ne rentre plus dans le ROSP ! Enfin, pour ce qui est de l’ECG annuel, il semble que les donnes de la science ne démontrent pas de bénéfice. Selon moi, l’ECG d’effort tous les 5 ans est   nécessaire, et l’ECG annuel est à discuter selon les co-facteurs de risque cardiovasculaire du patient.



Voilà pour cette synthèse bibliographique absolument pas synthétique de la prise en charge du diabétique d’après mes recherches. Je pensais que ça serait simple en utilisant la base de RSCA que j’avais fait étant interne, mais, comme je l’ai dit, c’était vite dépassé. Bref, n’hésitez pas à faire des commentaires, regarder les études « peu connues », à critiquer mon algorithme perso (je sais que vous allez me reprendre sur les gliptines, mais pas avant d’avoir analysé les études que j’ai citées pour justifier bien sur !) . En espérant que ce soit utiles à d’autres que moi. A très vite !

Retrouvez également mes autres réflexions sur : le vaccin anti HPV, les médicaments cardiovasculaires et la dépendance alcoolique !

@Dr_Agibus



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